Les types psychologiques de Jung : les 8 fonctions orientées expliquées simplement
Typologie jungienne et couple
Comprendre comment chacun.e perçoit le monde et soi-même et prend position, pour mieux se connaître et mieux rencontrer l’autre.
Les types psychologiques de Jung décrivent la façon dont chaque personne oriente son énergie psychique et utilise ses fonctions. Jung distingue deux attitudes (introversion et extraversion) et quatre fonctions (sensation, intuition, pensée et sentiment), qui se combinent en huit fonctions orientées. Il présente ce modèle en 1921 dans Types psychologiques. Son but n’est pas de ranger les personnes dans des cases, mais de comprendre la dynamique intérieure de chacun.e : ce qui est développé, ce qui l’est moins, et ce qui cherche à grandir.
Par Christophe Bernard, psychanalyste formateur jungien et spécialiste en thérapie de couple
D’où vient la typologie de Jung
Jung publie Types psychologiques en 1921, après plusieurs années de réflexion sur une question simple en apparence : pourquoi des personnes également intelligentes et sincères perçoivent-elles et jugent-elles une même situation de façon si différente ? Sa réponse est qu’il existe des orientations psychologiques fondamentales, présentes en chacun.e, mais développées de manière inégale.
« Ne pensez pas que je passe mon temps à classer les gens dans telle ou telle catégorie et à dire : “Voici un type sensoriel” ou “Il est du type penseur et intellectuel”, car souvent ces types se mélangent. »
C. G. Jung, L’Homme à la découverte de son âme
Pour Jung, ces repères servent plutôt à mettre de la clarté dans nos fonctionnements, par exemple lorsqu’il faut comprendre comment communiquer ou agir avec une autre personne. Dans notre pratique, ils sont très utiles pour l’harmonie du couple.
Ce point est essentiel : la typologie jungienne n’est pas un test de personnalité qui délivre une étiquette. C’est une grille de lecture du fonctionnement psychique, au service de la connaissance de soi et du processus d’individuation.
Deux attitudes : où va votre énergie psychique
La première distinction concerne la direction naturelle de l’énergie psychique :
- L’extraversion : l’énergie se tourne surtout vers le monde extérieur, l’objet, l’action, les échanges et les stimulations.
- L’introversion : l’énergie se tourne surtout vers le monde intérieur, le sujet, la réflexion, l’imaginaire et l’expérience subjective.
Ces deux attitudes ne sont ni des qualités ni des défauts, et chacun.e les possède toutes deux : l’une domine, l’autre reste moins consciente. Marie-Louise von Franz, disciple de Jung, le résume ainsi : chez l’extraverti, l’énergie consciente s’écoule vers l’objet, mais une contre-action inconsciente secrète revient vers le sujet ; chez l’introverti, c’est l’inverse. Leurs effets dans la vie à deux sont détaillés dans notre article introverti et extraverti en couple.
Quatre fonctions : percevoir et juger
Jung distingue ensuite quatre fonctions psychologiques, réparties en deux paires opposées.
Les fonctions de perception : sensation et intuition
Jung les appelle fonctions « irrationnelles », non parce qu’elles seraient déraisonnables, mais parce qu’elles recueillent l’information sans la juger.
- La sensation perçoit le réel de façon concrète et sensorielle : les faits, les détails, ce qui est là, à l’instant et dans nos mémoires.
- L’intuition perçoit de façon globale et symbolique : le sens, les possibles, les liens invisibles entre les choses.
Les fonctions de jugement : pensée et sentiment
Jung les appelle fonctions « rationnelles », car elles évaluent et organisent ce qui a été perçu. On peut aussi dire qu’elles servent à se positionner.
- La pensée évalue de façon logique, à partir de faits et de raisonnements : ce qui est logique ou pas.
- Le sentiment évalue à partir de valeurs, personnelles ou collectives : ce qui compte, ce qui est juste, ce qui a de la valeur.
Une précision importante : chez Jung, le sentiment n’est pas l’émotion. C’est une manière de juger, aussi structurée que la pensée, mais fondée sur les valeurs plutôt que sur la logique.
Les deux axes qui structurent les huit fonctions
Chaque fonction se situe au croisement de deux choix : ce que l’on fait (percevoir ou juger) et vers où va l’énergie (vers l’objet ou vers le sujet).
| Tournée vers l’objet (extraversion) | Tournée vers le sujet (introversion) | |
|---|---|---|
| Perception : sensation (S), intuition (N) | sensation extravertie (Se), intuition extravertie (Ne) | sensation introvertie (Si), intuition introvertie (Ni) |
| Jugement : pensée (T), sentiment (F) | pensée extravertie (Te), sentiment extraverti (Fe) | pensée introvertie (Ti), sentiment introverti (Fi) |
Les 8 fonctions orientées
Chaque fonction peut s’exercer de façon extravertie (tournée vers l’extérieur) ou introvertie (tournée vers l’intérieur). On obtient ainsi huit fonctions orientées. Voici, pour chacune, ce qu’elle fait, sa devise, une image pour la comprendre, et la façon dont elle peut se manifester dans un couple. Les couples sont fictifs ; ces scènes décrivent des tendances, pas des étiquettes.
Les fonctions de perception
Sensation extravertie (Se)
Devise : « Ce qui est là, maintenant, est la seule vie qu’on touche. »
Image : le joueur de handball qui lit le jeu en temps réel. Il voit la passe avant les autres parce qu’il regarde ce qui se passe, pas ce qui était prévu.
Se perçoit avec intensité la réalité concrète extérieure : les couleurs, les goûts, l’ambiance, le moment présent. En couple, c’est le partenaire qui sait savourer l’instant et qui remarque ce qui se passe autour.
- Sa force : elle apporte de l’énergie, de la spontanéité et le goût de vivre des moments intenses à deux.
- Son piège : fuir les conversations de fond en restant dans l’expérience du moment présent.
- Une scène : un vendredi soir, Sam arrive : « Il y a un concert dans une heure, on y va ? » Julie se voit proposer une soirée à l’improviste qu’elle n’aurait jamais planifiée.
Sensation introvertie (Si)
Devise : « Ce que j’ai vécu me dit ce qui est vrai. »
Image : le sommelier. Chaque vin goûté s’ajoute à sa mémoire des goûts, et il apprécie le vin du jour en le comparant à tous les précédents.
Si perçoit aussi le concret, mais en retenant surtout l’impression subjective qu’il laisse en soi. Une même scène peut l’imprégner durablement. En couple, c’est le partenaire qui ressent profondément sans toujours le montrer, et garde longtemps la trace d’un moment agréable partagé ou d’une crise.
- Sa force : elle crée des rituels qui rassurent et garde la mémoire de l’histoire du couple.
- Son piège : comparer toujours au passé et vivre mal les changements.
- Une scène : Lina se rappelle la veste portée au premier rendez-vous et la chanson qui passait. Antoine est touché, ou impressionné d’être « archivé ».
Intuition extravertie (Ne)
Devise : « Chaque porte entrouverte promet un monde. »
Image : le moteur de recherche. Une seule requête, et des dizaines de pistes s’affichent, dont chacune en suggère d’autres.
Ne perçoit les possibilités du monde extérieur : ce qui pourrait naître, évoluer, se transformer. En couple, c’est le partenaire qui apporte élan et projets, et qui peut se lasser lorsque la relation devient trop répétitive.
- Sa force : elle apporte de la créativité, de l’humour et le goût de réinventer le quotidien à deux.
- Son piège : multiplier les idées sans les mener à terme, ce qui fragilise la confiance de l’autre.
- Une scène : Kevin propose de partir un an à l’étranger, puis de monter un projet associatif, puis de changer de ville, le tout dans la même semaine.
Intuition introvertie (Ni)
Devise : « Je vois où cela mène, avant que cela commence. »
Image : le jardinier qui regarde une graine et voit déjà l’arbre. Une seule image, nette, de ce que cela deviendra.
Ni perçoit les images du monde intérieur et de l’inconscient : symboles, pressentiments, rêves. En couple, c’est le partenaire qui pressent ce qui se joue en profondeur, mais peine parfois à le traduire en mots ou en actes concrets.
- Sa force : elle donne une direction à long terme et repère tôt ce qui ne va pas.
- Son piège : imposer sa vision comme une évidence et ne pas la partager.
- Une scène : Nora dit : « Je sens que cette colocation va mal tourner », sans pouvoir expliquer pourquoi. Trois mois plus tard, elle avait raison.
Les fonctions de jugement
Pensée extravertie (Te)
Devise : « Ce qui est clair, mesuré et fait existe vraiment. »
Image : le chef de chantier avec son planning. Il transforme une idée en tâches, en échéances et en contrôles que tout le monde peut vérifier.
Te organise sa réflexion à partir des faits et des données objectives, et cherche des solutions applicables. En couple, c’est le partenaire qui structure, planifie, et veut résoudre rapidement un désaccord.
- Sa force : elle transforme les envies en actions concrètes et rassure par sa fiabilité.
- Son piège : traiter la relation comme un projet à optimiser.
- Une scène : dès l’emménagement, Sophie ouvre un tableur : loyer, courses, épargne. Julien se sent rassuré, mais ne peut plus acheter un livre sans « justifier la ligne ».
Pensée introvertie (Ti)
Devise : « Tant que je n’ai pas compris le pourquoi, rien n’est réglé. »
Image : l’horloger qui démonte le mécanisme. Il ne se contente pas de savoir que ça marche, il veut comprendre pourquoi.
Ti suit d’abord sa propre logique intérieure et cherche à comprendre en profondeur avant d’agir. En couple, c’est le partenaire qui a besoin de temps pour réfléchir, et tient à la cohérence de ses idées.
- Sa force : elle repère les vraies causes d’un problème et ne se laisse pas influencer par la pression du groupe.
- Son piège : analyser l’autre au lieu de l’accompagner, et se retirer sans prévenir.
- Une scène : après un conflit, Hugo se retire pour comprendre ce qui s’est vraiment passé. Camille croit qu’il la punit.
Sentiment extraverti (Fe)
Devise : « Ce qui nous relie compte plus que ce qui me distingue. »
Image : le chef d’orchestre qui accorde les instruments. Il règle son jeu sur celui des autres pour que l’ensemble sonne juste.
Fe évalue les situations selon les valeurs partagées et cherche l’harmonie avec l’entourage. En couple, c’est le partenaire qui veille à l’ambiance, au lien avec les proches, et ressent vivement les tensions dans le groupe.
- Sa force : elle sent vite quand l’autre va mal et sait apaiser une situation tendue.
- Son piège : s’ajuster à l’autre jusqu’à ne plus dire ses propres besoins.
- Une scène : Inès devine que Fatima est contrariée dès son entrée dans la pièce et adapte aussitôt son ton. Fatiguée, elle dit que « tout va bien » pour ne pas gâcher la soirée.
Sentiment introverti (Fi)
Devise : « Je peux me taire, mais je ne trahis pas ce qui compte pour moi. »
Image : la boussole. Elle ne bouge pas avec le vent de la pièce et indique toujours le même nord intérieur.
Fi évalue selon des valeurs intérieures profondes, souvent peu exprimées. En couple, c’est le partenaire qui reste fidèle à ce qui compte vraiment pour lui ou elle.
- Sa force : elle apporte une sincérité rare et une loyauté qui ne se négocie pas.
- Son piège : garder ses points de vue ou ses émotions pour soi en espérant que l’autre les devine.
- Une scène : Tom est conciliant sur presque tout, mais refuse de mentir à un ami « pour arranger les choses ». Aucun argument ne le fait changer d’avis.
Fonction dominante, auxiliaire et fonction inférieure
Chaque personne utilise les quatre fonctions, mais pas avec la même aisance :
- La fonction dominante est la plus développée et la plus consciente. C’est elle qui détermine le type psychologique de Jung.
- La fonction auxiliaire vient la soutenir. Elle appartient à l’autre paire : si la dominante est une fonction de jugement, l’auxiliaire est une fonction de perception, et inversement.
- La fonction inférieure est l’opposée de la dominante, à la fois par la fonction et par l’orientation (Se a pour inférieure Ni, Te a pour inférieure Fi). C’est la moins consciente, la moins maîtrisée.
| Dominante | Inférieure |
|---|---|
| Se | Ni |
| Si | Ne |
| Ne | Si |
| Ni | Se |
| Te | Fi |
| Ti | Fe |
| Fe | Ti |
| Fi | Te |
La fonction inférieure joue un rôle central dans la vie de couple : c’est souvent celle qui explique pourquoi nous sommes attiré.e.s par des partenaires différents de nous, et pourquoi cette différence devient parfois une source de tension. Nous lui consacrons un article complet : la fonction inférieure de Jung et le couple. Pour comprendre les phénomènes de projections, voir notre article thérapie psychanalytique de couple.
Découvrir son type psychologique
Christophe Bernard, psychanalyste formateur jungien et spécialiste en thérapie de couple, propose une exploration progressive des huit fonctions, sur plusieurs séances, sans l’usage de questionnaire.
La personne reste seule juge de son type : le praticien ne décide pas à sa place. L’objectif n’est pas d’obtenir une étiquette, mais une compréhension profonde de soi. Le détail de cette pratique est présenté sur la page typologie jungienne.
La typologie peut être travaillée en accompagnement individuel ou en thérapie de couple, en présentiel à Limoux (personnes habitant à Carcassonne, Quillan, Castelnaudary, Lézignan-Corbières, Pamiers, Toulouse, Narbonne…) ou en visioconférence.
Couple : Une première séance découverte gratuite de 60 minutes permet de faire connaissance sans engagement.
Individuel : Une séance prise de contact gratuite est proposée.
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Questions fréquentes
Combien y a-t-il de types psychologiques chez Jung ?
Jung décrit huit types, correspondant aux huit fonctions orientées : chaque type est défini par sa fonction dominante (par exemple, la pensée introvertie ou la sensation extravertie). Chaque personne possède aussi une fonction auxiliaire, qui nuance ce type.
Quelle différence entre la typologie de Jung et le MBTI ?
Le MBTI est un questionnaire élaboré par Katharine Cook Briggs et Isabel Briggs Myers à partir de la typologie de Jung. Il définit 16 types en combinant fonction dominante et auxiliaire, et ajoute une dimension que Jung n’avait pas définie : le « style de vie ».
Quelle différence entre la typologie de Jung et le CCTI ?
En France, le CCTI, créé par Geneviève Cailloux et Pierre Cauvin, repose sur les mêmes 16 types que le MBTI. L’approche jungienne part des huit fonctions et de leur dynamique, y compris la fonction inférieure.
Le sentiment, au sens de Jung, est-ce l’émotion ?
Non. Chez Jung, le sentiment est une fonction de jugement fondée sur les valeurs, aussi rationnelle que la pensée. L’émotion, elle, peut toucher n’importe quel type.
Pour aller plus loin
- Nos articles :
- Introverti et extraverti en couple
- la fonction inférieure et l’attirance des opposés
- Crises de couple vues par la typologie jungienne
- Lectures :
- C. G. Jung, Types psychologiques
- C. G. Jung, L’Homme à la découverte de son âme.
- M.-L. von Franz et J. Hillman, Lectures on Jung’s Typology.
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